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Don Bosco et sa méthode préventive : pourquoi est-elle encore d’actualité dans nos patronages ?

En 1877, Don Bosco présentait officiellement sa méthode préventive d’éducation. Près de 150 ans plus tard, cette approche révolutionne encore nos patronages. Voici pourquoi.

Deux méthodes, deux visions de l’enfant

D’un côté, la méthode répressive : on pose des règles, on surveille, on sanctionne. L’éducateur garde ses distances, apparaît pour menacer ou punir. Son regard est sévère, sa parole froide.

De l’autre, la méthode préventive de Don Bosco : on explique les règles, on accompagne les jeunes de près, on prévient plutôt que punir. L’éducateur n’est pas un surveillant mais un guide qui marche aux côtés des jeunes.

Cette méthode repose sur trois piliers : la raison, la religion et l’affection.

La raison : éduquer par la compréhension plutôt que par l’obéissance aveugle. Le jeune doit pouvoir expliquer son comportement, dialoguer, comprendre le sens des règles.

La religion : offrir des repères spirituels dans un esprit d’accueil, jamais d’imposition. Tout jeune est capable d’une ouverture au mystère.

L’affection : créer un climat de bienveillance où chaque jeune se sent aimé et compris. L’éducateur n’est pas un supérieur, c’est un compagnon de route.

Ce que cela change concrètement

1. Le jeune n’est jamais pris au dépourvu

Avant toute sanction, il a été prévenu, accompagné. L’objectif ? Le faire réfléchir, gagner son cœur, pour qu’il comprenne le bien-fondé de la correction si elle devient nécessaire.

2. On respecte l’énergie et la spontanéité des enfants

Les jeunes oublient vite. Combien de bêtises auraient pu être évitées si quelqu’un de bienveillant avait rappelé la règle à temps ? La méthode préventive, c’est être là avant que ça dérape.

3. On construit une relation de confiance durable

Don Bosco l’a constaté : les enfants n’oublient pas les sanctions, et parfois en gardent un goût amer. Avec la méthode préventive, l’éducateur devient un bienfaiteur qu’on respecte et dont on se souvient avec joie. Les jeunes le voient comme une personne de confiance, y compris dans leur vie d’adulte.

4. Tout jeune peut progresser

Quel que soit son caractère, son passé ou sa situation, chaque enfant peut s’améliorer. Don Bosco affirme que même des jeunes longtemps difficiles, voire renvoyés d’autres institutions, ont pu transformer leur vie grâce à cette approche.

Comment l’appliquer dans votre patronage

Une présence constante et bienveillante

Les éducateurs vivent aux côtés des jeunes, partagent leurs activités, s’intéressent vraiment à leur vie. Le directeur se consacre pleinement à eux, sans se laisser distraire par quelques tâches administratives ou d’intendance. Les jeunes ne sont jamais laissés seuls.

Des activités qui font du bien

Courir, sauter, crier, jouer ! Don Bosco encourage le sport, la musique, le théâtre, les sorties. Ces activités canalisent l’énergie et construisent à la fois la discipline et la santé. Comme disait saint Philippe Néri : «Faites tout ce que vous voulez ! Pour moi, il suffit que vous ne fassiez pas de péchés.»

Une proposition spirituelle sans contrainte

Les sacrements ne sont jamais imposés mais proposés avec joie. On met en avant la beauté de la foi à toute occasion. Les enfants développent ainsi spontanément l’envie de participer.

La confiance plutôt que la crainte

Don Bosco recommande au directeur d’adresser chaque soir un mot chaleureux aux jeunes, en tirant parfois des leçons de la journée. Deux ou trois minutes suffisent. C’est le secret pour maintenir la moralité et réussir l’éducation.

Et quand il faut sanctionner ?

Autant que possible, on s’en passe. Mais si une sanction devient nécessaire, Don Bosco donne des pistes :

  • Viser à être aimé pour être respecté. Retirer sa bienveillance devient alors une sanction qui stimule sans humilier.
  • Pour les enfants, tout est sanction : un regard froid, une remarque, des félicitations pour un bon travail… tout a un impact.
  • Les sanctions se donnent toujours en privé, loin des autres. L’éducateur fait preuve de patience pour amener l’enfant à comprendre sa faute.
  • Les règles, récompenses et sanctions doivent être claires pour tous. Si cette méthode est appliquée, Don Bosco affirme qu’on peut obtenir d’excellents résultats sans presque jamais sanctionner.

Au cœur de la méthode de Don Bosco : éduquer en aimant, non en punissant.

C’est ce qui fait la différence dans nos patronages aujourd’hui. Des lieux où les jeunes grandissent, se sentent aimés, et deviennent des adultes responsables et épanouis.

Dans une société qui punit avant d’expliquer, qui surveille avant d’accompagner, nos patronages font le pari inverse : celui de la confiance et de l’affection. Le patronage est cet espace où l’on prend le temps. Le temps d’expliquer, d’accompagner, d’aimer. Don Bosco l’avait compris il y a 150 ans. À nous de le vivre aujourd’hui.


Don Bosco (1815-1888)

Prêtre italien, fondateur des Salésiens et pionnier de l’éducation préventive. Il a consacré sa vie aux jeunes défavorisés de Turin, créant des oratoires où l’on jouait, priait et apprenait un métier. Canonisé en 1934, il reste une référence mondiale en pédagogie.

Sources : Traité sur le système préventif dans l’éducation de la jeunesse, Jean Bosco, 1877


Pour aller plus loin

La pédagogie de Don Bosco en 12 mots clés, Jean-Marie Petitclerc, Salvator (2016) Une application concrète et moderne de la pédagogie salésienne par un éducateur de terrain. Douze entrées thématiques pour comprendre et appliquer le système préventif aujourd’hui.

Don Bosco : Écrits pédagogiques, présentés et commentés par Jean-Marie Petitclerc, Salvator (2019) Le texte intégral de Don Bosco accompagné d’analyses et de commentaires pour les éducateurs d’aujourd’hui.

Éduquer à la suite de Don Bosco, sous la direction de Xavier Thévenot, Desclée de Brouwer (1996) Un ouvrage collectif qui présente les fondements historiques, spirituels et pratiques du système préventif. Une référence pour approfondir.

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