Pédagogie, Ressources

Et si le patronage ne demandait aux prêtres qu’une seule chose ?

Chaque soir, il se tient au portail. Un petit mot pour chaque enfant qui sort, une poignée de main pour chaque parent. À force, il connaît les prénoms des enfants, puis ceux de leurs parents. Un jour, l’une des familles l’invite chez elle.

À l’heure du service, il apprend patiemment à un enfant à passer le balai ou à faire la vaisselle. Il montre, il recommence, il n’a pas l’air pressé.

Au milieu de la cour, bréviaire en main, il prie son office. Les enfants jouent autour de lui. Il est là, simplement, au milieu d’eux et il prie.

Trois prêtres, trois patronages, trois gestes que nous avons vus. Aucun ne demande d’être directeur, ni éducateur né, ni présent à toute heure. Et pourtant tout y est : ce sont les gestes d’un père.

Une seule chose, être père

Voilà ce que nous croyons, chez Esprit de Patronage : au patronage, le prêtre est d’abord un père. Avant d’être celui qui anime, qui organise ou qui décide, il est celui qui connaît chacun par son prénom, qui prend le temps de montrer, qui prie là où les enfants le voient.

Ces gestes semblent petits. Ils ne le sont pas. C’est par eux qu’un enfant découvre qu’il est connu, qu’il peut grandir à son rythme et que prier est naturel pour un adulte qui l’aime. Nous croyons même que cette paternité ouvre les portes du ciel : un enfant qui a rencontré un père sur la terre, un vrai, présent, patient, aura moins de mal à croire qu’il en a un au ciel.

C’est dans cette présence ordinaire que naît la confiance. Un jour, un jeune viendra lui demander de l’aider à prier ou à y voir clair. Cela ne se provoque jamais : cela se prépare, avec délicatesse et discrétion, et on le laisse venir. Mais il faut que cela puisse arriver.

Ce père, c’est ce que nous appelons, dans l’ADN du patronage, la figure consacrée : l’un de ses trois points. Elle joue aussi un rôle capital dans les deux autres : le jeu et la prière vécus ensemble et l’école de responsabilisation.

Une paternité à la portée de tous

Tous les prêtres n’ont pas la même disponibilité, le même charisme, la même formation. Certains seront là chaque soir. D’autres un après-midi par semaine. D’autres, pour l’instant, seulement pour la messe et un goûter. Il existe de nombreuses façons de participer à la vie d’un patronage et chacune peut être paternelle.

Car la paternité n’est pas une affaire de temps ni de talent. Il ne s’agit pas d’être le meilleur animateur, ni d’être partout, ni de tout savoir faire. Il s’agit de donner à chaque enfant quelque chose de soi, à sa mesure : un mot, un geste, une prière. Et cela, chaque prêtre peut le faire.

Un père a besoin d’une famille

Un prêtre ne devient pas père tout seul. Pour qu’il puisse l’être au patronage, quelqu’un doit lui en ouvrir la porte et c’est souvent aux laïcs de le faire.

On l’invite, d’abord. Pas comme un hôte de marque, mais comme on appelle quelqu’un de la famille : viens au portail ce soir, viens au goûter, viens voir ce que les enfants ont préparé. On lui fait une place dans la journée, un moment qui est le sien, sans lui demander plus que ce qu’il peut donner. On lui dit simplement ce que l’on attend de lui et ce que l’on est heureux qu’il apporte. On lui apprend les prénoms. On lui dit merci.

Un père, d’ailleurs, ne fait pas tout à la place de ses enfants. Le directeur, les animateurs, les parents ont chacun leur responsabilité, et l’autorité du prêtre ne retire rien à la leur : elle leur permet d’exercer la leur. Les éducateurs laïcs conduisent eux aussi les jeunes au Christ, à leur manière. Dans cette rencontre, ils ont un rôle magnifique : conduire les jeunes vers le prêtre, pour que lui aussi, comme Jean-Baptiste, leur désigne le Christ.

Une priorité pastorale, et nous l’assumons

Les patronages reviennent en grâce, c’est une vraie renaissance. Il y a une tentation : y voir un outil missionnaire à la mode, une belle activité de plus, confiée à des laïcs dévoués. Chez Esprit de Patronage, nous croyons le contraire et nous l’assumons : le patronage est une œuvre d’Église et une priorité pastorale. Parce que c’est là que des enfants, des adolescents, des familles entières rencontrent le Christ par le jeu, la fraternité, la prière. Parce que les heures qu’un prêtre y donne ne sont pas prises à la paroisse : le patronage la renouvelle de l’intérieur, en profondeur. Et parce que c’est là que des adolescents passent de ceux qu’on accueille à ceux qui accueillent à leur tour. Un père ne fait pas de ses enfants une activité parmi d’autres.

Cette vision, nous la portons jusqu’au bout. Nous rêvons de patronages où le prêtre n’est pas invité, mais attendu. Où on le retrouve au milieu du terrain, au milieu des jeux, au milieu du goûter, avant de le retrouver à l’autel. Nous voulons des paroisses qui regardent leur patronage comme un cœur qui bat, et non comme une activité annexe. Nous voulons des prêtres qui y trouvent une joie de père. Nous voulons des patronages où l’on joue, où l’on prie, où l’on grandit, et où, au cœur de tout cela, il y a un père.

Quel geste de père, chez vous ?

Chers prêtres qui nous lisez : quel est votre geste de père ? Il n’a pas besoin d’être grand.

Et nous, qui dirigeons, animons, accueillons les familles : que faisons-nous pour qu’ils puissent l’accomplir ?

Car les enfants n’attendent pas un animateur de plus, ni un invité d’honneur. Ils attendent un père, à l’image de notre Père du ciel, de qui toute paternité tient son nom, et pour qui chaque enfant est de la maison.

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