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Le patronage formait déjà le regard des enfants, bien avant l’algorithme

« Que les catholiques ne boudent pas le cinéma comme, pendant tout un siècle, ils ont boudé la presse !  » 📽️ abbé Edmond Loutil, 1925

1892 – Pauvre Pierrot, d’Emile Reynaud, premier dessin animé de l’histoire du cinéma
1895 – L’Arroseur arrosé, film le plus célèbre des « frères Lumière”
1913 – Fantômas – À l’ombre de la guillotine, de Louis Feuillade

Voici un petit échantillon de titres célèbres, qui nous rappelle les premiers pas et les balbutiements du cinéma. C’est une vraie révolution dans les loisirs modernes au début du XXème siècle ! Mais qui dit innovation, dit également difficulté pour les catholiques à savoir quelle attitude observer face au cinéma. Faut-il s’opposer à cette invention, propagatrice du vice et du paganisme, ou faut-il l’accueillir comme moyen de reconquérir le terrain perdu par la déchristianisation ?

Et si je vous disais que les patronages ont largement contribué à ce nouvel apostolat social ?

En effet dès les années 1910-1920, de très nombreuses salles de projection ouvrent partout en France, et pour bon nombre d’entre elles ce sont des salles paroissiales ou des salles ouvertes par les patronages, à destination des enfants et des adolescents qui les fréquentent. On en compte plusieurs centaines en 1928. Dans le département de la Manche par exemple, les dix salles catholiques représentent plus d’un tiers du total des cinémas du département.

Le cinéma devient pour les patronages un nouvel objet culturel et éducatif, qui participe aux loisirs bien sûr, mais aussi à l’éducation intellectuelle et religieuse des jeunes. Les salles de projection deviennent également un lieu important de vie sociale, particulièrement en milieu rural.

Le choix des films est crucial, et la moralité des films projetés est soumise à un sérieux examen de la part de la personne (souvent du prêtre) en charge de la programmation. Mais l’œuvre d’apostolat n’oublie pas qu’elle doit aussi se soumettre aux exigences de divertissement du public. La séance de cinéma est l’occasion de toucher un public élargi, dans le cadre attrayant d’un loisir populaire. Le responsable de la projection n’hésite pas à commenter les images, à donner un propos éducatif.

Le cinéma devient une activité incontournable des patronages. En 1930, le Manuel des œuvres de jeunesse, Nos Jeunes, présente même un chapitre complet sur les “projections” au sein des œuvres. Des conseils et des recommandations très concrets y sont donnés, sur l’organisation de la séance, la disposition de la salle, le matériel de projection, etc.

Cette action locale des patronages tend ensuite, grâce à l’impulsion de quelques religieux, vers une organisation nationale, avec la création notamment du Comité catholique du cinématographe (CCC) en septembre 1927.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Combien de patronages peuvent aujourd’hui se targuer de posséder encore une salle de cinéma ? Bien sûr la pratique a évolué, les salles de projection se sont professionnalisées, et l’apparition des écrans de télévision ou vidéoprojecteurs ont permis de simplifier considérablement la projection de films. Néanmoins l’utilisation du cinéma comme outil éducatif n’a pas disparu !

Le cinéma reste bien sûr une activité de loisir, récréative, même lorsque le film traite de sujets sérieux et profonds. Mais comme toute activité au patronage, elle peut participer au développement intégral de l’enfant et du jeune. Ciné-club, soirée ciné-pizza, ciné-spi, il existe encore de nombreuses façons d’utiliser le cinéma pour éduquer, au sens de faire grandir, intellectuellement, moralement, spirituellement. Le choix du film est important, mais il ne faut pas s’arrêter nécessairement aux films religieux. De nombreux films, aux thèmes divers et variés, peuvent servir de matériel pour susciter des discussions et des débats fructueux, ou tout simplement pour développer le goût du Beau.

L’activité demande simplement d’être préparée et organisée : l’éducateur n’est pas là uniquement pour appuyer sur une télécommande ou demander le silence ; l’enfant ou le jeune n’est pas présent uniquement comme spectateur, passif, comme face aux flots incessants de contenu que les algorithmes savent leur offrir aujourd’hui.

L’action des patronages par le cinéma n’est pas véritablement une action par l’image, bien que celle-ci soit parfois mise à contribution, mais une action avec l’image, la parole et le comportement de l’éducateur restant les références primordiales pour les jeunes.


➕ Patronage adhérent : retrouvez notre vidéo “Eduquer par le cinéma” sur le parcours e-learning Fondamentaux du patronage – Partie 2. Retrouvez également notre rubrique “Ciné Club” (suggestions de films et fiches pratiques) dans la bibliothèque d’activités en ligne.


Pour aller plus loin : Éduquer par le cinéma, Sabine de la Moissonnière, 2023 – Le Ceinturion

Bibliographie

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